Marchés au plus haut: inflation, taux et crypto

Les marchés financiers abordent 2026 sur un paradoxe apparent : des indices actions américains au plus haut historique, alors même que l’inflation n’est pas totalement rentrée dans le rang et que la trajectoire des taux devient plus incertaine. Le 12/01/2026, le S&P 500 a clôturé à 6 977,32 et le Dow à 49 590,20, deux records, nourris par des anticipations de politique monétaire jugée « suffisamment restrictive »… mais susceptible de s’assouplir plus tard.
Dans ce contexte, la crypto , souvent sensible aux conditions de liquidité , alterne entre euphorie et phases de « risk-off ». Bitcoin s’est maintenu au-dessus de 91 000$ (mentionné à > 91 370$ en séance le 12/01/2026), tandis que les ETFs spot crypto américains connaissent des flux très volatils. Pour comprendre ce régime de marché « au plus haut », il faut relier trois variables : inflation, taux et crypto.
1) Des records boursiers sous le signe des anticipations de taux
Le nouveau sommet du S&P 500 et du Dow illustre la force d’un scénario central : une croissance qui tient, des profits qui résistent, et une banque centrale qui n’est plus en mode resserrement agressif. Les records du 12/01/2026 (S&P 500 à 6 977,32, Dow à 49 590,20) s’inscrivent dans un environnement où le marché cherche surtout à calibrer la « bonne » vitesse d’assouplissement monétaire.
Mais ces niveaux élevés ne signifient pas absence de risques. La valorisation des actions est mécaniquement sensible au taux d’actualisation : une révision, même légère, de la trajectoire des taux peut provoquer des rotations sectorielles (croissance vs value) ou une correction de multiples, sans que l’économie réelle ne change brutalement.
Enfin, la dynamique « record » ne reflète pas uniquement la macro. Elle intègre aussi des flux (ETF actions, rachats d’actions, allocations institutionnelles) et l’idée que les taux directeurs, désormais plus bas qu’en 2024, ont déjà desserré une partie de l’étau financier. Autrement dit, l’action se joue moins sur le niveau actuel des taux que sur ce que le marché pense du prochain mouvement.
2) La Fed proche du neutre : restrictive, mais “bien positionnée”
Le message de la Réserve fédérale, relayé le 12/01/2026, se veut équilibré. John Williams (NY Fed) décrit une politique « modérément restrictive » et « bien positionnée », c’est-à-dire proche d’un niveau jugé compatible avec un retour graduel de l’inflation vers la cible, sans casser l’activité.
Cette posture s’appuie sur un diagnostic déjà exprimé par Jerome Powell : “Inflation has eased significantly… but remains somewhat elevated relative to our 2% longer run goal.” Le cœur du message est simple : la désinflation est réelle, mais l’objectif de 2% n’est pas encore atteint, et la Fed veut éviter de relancer trop vite les tensions de prix.
Côté trajectoire, les anticipations citées pour début 2026 évoquent une inflation autour de ~2,75%, 3% au S1 2026, puis ~2,5% sur l’année, avec un retour vers 2% visé en 2027. Ce calendrier explique pourquoi la Fed peut sembler « moins dure » qu’avant, tout en restant prudente : la dernière portion de la désinflation est souvent la plus difficile.
3) Où en sont les taux directeurs américains (et pourquoi janvier compte)
Après la baisse décidée le 10/12/2025, la cible des Fed funds se situe à 3,50%, 3,75%. Le compte-rendu rappelle explicitement cette fourchette (« 3-1/2 à 3-3/4% ») et fixe la prochaine réunion du FOMC aux 27, 28/01/2026.
Ce niveau est crucial pour les marchés : il sert d’ancre au court terme (marché monétaire, coût du crédit à taux variable, partie courte de la courbe). Il influence aussi la prime de risque : quand les taux sans risque restent élevés, les actifs risqués doivent « mériter » leur valorisation via des perspectives de croissance et de bénéfices plus solides.
La difficulté actuelle tient à la lecture du « neutre ». Certains stratégistes estiment que l’équilibre n’est plus celui d’avant la pandémie. BlackRock, via Rick Rieder (12/01/2026), réitère qu’un taux US autour de 3% serait plus proche d’un niveau « neither stimulative nor restrictive ». Si ce repère se diffuse, il peut réduire l’enthousiasme pour des baisses rapides et nombreuses, et donc re-pricer les actifs.
4) Wall Street repousse les baisses : le calendrier 2026 se recompose
Le 12/01/2026, plusieurs grandes banques ont réévalué leur scénario de baisses de taux pour 2026. Selon Reuters, JPMorgan retire son hypothèse de baisse dès janvier, tandis que Barclays, Goldman Sachs et Morgan Stanley repoussent leurs appels vers mi ou fin 2026.
Le marché des futures et l’outil FedWatch (cité dans la couverture) suggèrent une probabilité élevée de statu quo en janvier. Ce type de consensus peut paradoxalement stabiliser les marchés à court terme (moins de surprise), mais accroître la sensibilité aux données (inflation, emploi) : si tout le monde attend l’immobilisme, la moindre surprise redevient « price moving ».
Pour les investisseurs, le point clé n’est pas seulement « baisse ou pas baisse », mais la fonction de réaction : qu’est-ce qui pousserait la Fed à assouplir plus vite (désinflation plus forte) ou au contraire à temporiser (inflation persistante, services dynamiques, conditions financières trop accommodantes) ? En période de records, cette asymétrie d’interprétation peut créer des séances très directionnelles.
5) Inflation : les États-Unis ralentissent, mais le “dernier kilomètre” reste délicat
Les attentes de marché début 2026 anticipent un CPI américain autour de ~2,6% en glissement annuel pour décembre 2025, après 2,7% en novembre 2025 (NSA). C’est un progrès net comparé aux pics passés, mais cela reste au-dessus de la cible de 2%.
La Fed regarde de près le core PCE. Sur la page BEA consultée (dernier point mentionné), l’indice PCE hors alimentation et énergie est à +2,8% en septembre 2025 (après +2,9% en août/juillet et +2,8% en juin). Le signal est celui d’une inflation sous-jacente qui se tasse, mais ne « casse » pas franchement vers 2%.
Cette nuance explique la prudence : une inflation légèrement trop élevée n’impose pas forcément de remonter les taux, mais elle peut justifier de les maintenir plus longtemps. Pour les actifs risqués, la différence entre « baisse en continu » et « plateau prolongé » est majeure : les multiples de valorisation et la liquidité globale ne réagissent pas de la même manière.
6) Zone euro : retour à 2,0% d’inflation, mais des composantes contrastées
En zone euro, l’inflation HICP ressort à 2,0% en décembre 2025 (flash publié le 07/01/2026). Ce chiffre est symboliquement important : il correspond au niveau cible, renforçant l’idée que le choc inflationniste a été en grande partie absorbé.
Mais le détail rappelle que la bataille n’est pas uniforme. Les services progressent encore de 3,4%, un rythme souvent associé à des pressions domestiques (salaires, demande interne). L’alimentation/alcool/tabac est à 2,6%, tandis que les biens industriels non-énergie ne montent que de 0,4%.
L’énergie, en recul de -1,9%, joue un rôle désinflationniste important. Cela signifie aussi que la trajectoire future dépendra beaucoup des matières premières et des tensions géopolitiques. Côté politique monétaire, le taux de la facilité de dépôt de la BCE est à 2,00% (niveau de référence au 07/01/2026), un point de comparaison utile face aux États-Unis : l’écart de taux peut influencer le dollar, les flux et, indirectement, l’appétit pour le risque.
7) Indépendance des banques centrales, volatilité et refuge : or, VIX, “risk-off”
Le 12/01/2026, Reuters souligne un risque spécifique : les tensions politiques autour de la Fed et la question de l’indépendance des banques centrales. Ce thème peut agir comme un multiplicateur de volatilité, car il touche à la crédibilité de l’outil anti-inflation et à la stabilité des anticipations.
Dans ce type de séquence, les marchés alternent plus facilement entre « risk-on » et « risk-off ». L’or a ainsi atteint un record autour de ~4 600$/oz, tandis que le VIX s’est tendu. Ce couple (or en hausse, volatilité implicite en hausse) signale une demande de protection, même si les indices actions restent proches de leurs sommets.
Pour l’investisseur, le message est que les records ne protègent pas d’un choc de régime. Les facteurs politiques et institutionnels peuvent faire bouger les primes de risque plus vite que les données macro. Et lorsque la prime de risque remonte, les actifs les plus sensibles à la liquidité , dont une partie de la crypto , peuvent réagir fortement.
8) Crypto : entre soutien des flux (ETFs) et vulnérabilité au cycle des taux
La crypto démarre 2026 avec une force notable : Bitcoin évolue au-dessus de 91 000$ (mentionné à > 91 370$ en séance le 12/01/2026), dans un environnement où les actifs risqués sont globalement bien orientés. Toutefois, la corrélation au « coût de l’argent » reste centrale : quand le marché repousse les baisses de taux, la crypto peut perdre une partie de son soutien de liquidité.
Les ETFs spot américains jouent un rôle de transmission immédiate. Le 02/01/2026, les flux sont très positifs : +471,1 M$ sur les ETFs Bitcoin spot et +174,4 M$ sur les ETFs Ethereum spot. Les actifs totaux atteignent environ 117,0 Md$ pour les ETFs BTC (soit ~6,53% de la capitalisation du bitcoin) et ~19,1 Md$ pour les ETFs ETH.
Mais la première semaine complète de 2026 montre l’autre face : retournement « risk-off » avec des sorties nettes d’environ -681 M$ sur les ETFs BTC spot et ~-68,6 M$ sur les ETFs ETH (SoSoValue cité). Cela illustre une réalité : la demande via ETF est puissante, mais opportuniste. Quand les taux réels remontent, que le dollar se raffermit ou que l’aversion au risque augmente, les flux peuvent s’inverser rapidement, amplifiant les mouvements de prix.
Les marchés au plus haut en ce début 2026 ne racontent pas une histoire de « tout va bien », mais plutôt une histoire de calibrage. Les actions américaines célèbrent l’idée d’un atterrissage en douceur et d’une Fed proche du neutre, tandis que l’inflation, bien qu’en reflux, reste suffisamment au-dessus de 2% pour justifier une prudence prolongée.
Pour la crypto, la leçon est similaire : la hausse peut coexister avec des taux encore restrictifs, tant que la trajectoire future paraît favorable. Mais les flux d’ETFs et les épisodes de « risk-off » montrent que la sensibilité au régime de liquidité demeure élevée. En 2026, l’arbitrage central restera le même : jusqu’où l’inflation permet-elle une baisse des taux, et à quel rythme , car c’est là que se joue l’équilibre entre records, volatilité et valorisation de la prise de risque.